Cameroun: la carte de presse enfin opérationnelle

Depuis ce 28 Juillet 2016, certains patrons et personnels exerçant dans le monde des médias ont pu retirer leur carte de presse au ministère de la communication. Comme d’habitude en ce qui concerne les distributions “des choses” au Cameroun, l’on a observé des petites curiosités. D’abord, moins d’une quarantaine de cartes ont été remises (un trentaine exactement), les autres journalistes et assimilés rendus sur place ont été informés du fait qu’ils recevront chacun dans son média employeur. Ensuite, certains journalistes se plaignent déjà du fait que ce précieux sésame soit remis à certains propriétaires de médias et autres “Journalistes du Hilton”. Ces proprio n’ayant pas effectivement exercé (sur le terrain) pendant au moins un an comme le stipule l’une des conditions pour acquérir la carte de presse.

 

C’est même quoi une carte de presse ?

Spécimen d'une carte de presse

La carte de presse ou carte d’identité des journalistes professionnels est une pièce d’identité délivrée par la Commission Nationale de Délivrance de la Carte de Presse aux journalistes, rédacteurs et assimilés (photographes, animateur-radio, cameramen, pigistes…) ayant justifié qu’ils ont eu, l’année précédente, la majeure partie de leurs rétributions d’une ou de plusieurs activités de presse. Pour le cas propre du Cameroun, le potentiel détenteur de cette carte DOIT exercer dans un média depuis au moins un an ou avoir suivi un cursus reconnu par l’Etat et la profession. Les stagiaires (Faudrait que je pense à faire un article sur la ‘torture’ qu’ils endurent) doivent passer un peu plus de temps, attendre d’être titularisés par les médias où ils officient avant de décrocher cette fameuse carte.

Juste pour rappel historique, Jacques Alexandre, décédé le 19 Décembre 2011, est le premier journaliste –français- à avoir obtenu une carte de presse en 1945. Ce rappel est de Marion Gillot dans son livre Les dessous de la presse. Au Cameroun, l’histoire retiendra que les titulaires des toutes premières cartes de presse sont : Charles Pythagore Ndongo, actuel DG de la CRTV ; Sévérin Tchounkeu du groupe de média Equinoxe, Nouvelle Expression président de la commission de délivrance ; Alain Belibi de la CRTV ; Marie-Claire Nnana de Cameroon Tribune ; Martin Camus Mimb de la RSI.

 

Les bons points de la carte de presse

A la base elle sert à entrer gratuitement (‘et potentiellement devant tout le monde’) dans certains endroits. Ainsi avec cette carte, le détenteur est à même d’entrer au musée national, au bois sainte Anastasie, d’aller dans des parcs sans dépenser le moindre Cfa, du moment où c’est pour des activités liées à sa profession. Les journalistes en ont besoin pour accéder à la mairie, dans les ministères, à la mairie…même pour les interviews, puisque cela tient de carte d’identité professionnelle. La carte permet aux journalistes d’avoir des prix réduits dans certains services (lorsqu’ils achètent un ticket de bus ou de train, lorsqu’ils séjournent dans un hôtel…). Ok ça va, je rêve me direz-vous ! Je rêve mais pas éveillé. Nous sommes au Cameroun, et ce qui est régie par la norme passe parfois en second lieu.

 

Les mauvais points de la carte de presse

Le Cameroun c’est le Cameroun disait le nkukuma*. Personnellement, quand un organe de notre pays se met à fonctionner « normalement » je tremble un peu. On est tellement habitué à voir le système en dysfonctionnement que si la carte de presse passe au travers de la maille, j’en serais surpris.

Premier point : je vois très mal un promoteur hôtelier accepter une réduction à un journaliste. Une nuitée à 25 000 F Cfa en Hôtel trois étoiles réduit en quelque chose comme 15 000 F Cfa pour un écrivaillon. Et si c’est une équipe de dix voire quinze personnes, je devine le manque à gagner. Qui est-ce qui doit régler la facture dans ce cas ? L’Etat ? De quelle manière ? Certains journalistes n’hésiteront pas à profiter de leur carte pour emmener des petites dans leur chambre d’hôtel, interviews rapprochées sans doute.

Deuxième point : Cette carte peut semer la zizanie au sein de ce corps de métier qui a déjà du mal à s’harmoniser. D’aucuns accusant les autres d’appartenir soit aux médias d’Etat, soit de servir telle ou telle autre cause. Cette pièce officielle au lieu de venir ‘professionnaliser’ véritablement le métier, peut avoir comme revers de semer le trouble entre les pratiquants. Ceux qui auront la carte ne seront pas forcément les meilleurs sur le plan professionnel, et pourront regarder de haut les autres (qui font peut-être mieux leur boulot).

Troisième point : La carte deviendra vite fait un outil pour usage à des fins personnelles. Certains verront un bon moyen d’assister gratuitement à des évènements, des concerts, alors qu’ils ne feront même pas un seul compte-rendu ou un seul papier à la suite. Alors vilipender cet outil qui pourtant trace une nouvelle voie dans le champ de la communication est dommage.

Quatrième point : Ceux qui octroient cette carte peuvent trouver ici une occasion pour manœuvrer les journalistes. En effet les cartes pourront être délivrées à des tiers juste parce qu’ils sont des amis d’un réseau. Sachant que cette carte valorise un peu plus, ceux ne la possédant pas pourraient se voir refuser un accès à des évènements avec des hautes personnalités, des sorties du Chef de l’Etat, des communications gouvernementale…

Cinquième point : cette carte de presse ne tient pas en compte toutes les réalités sociétales de notre pays. En dehors des agglomérations de Douala et Yaoundé, je doute fort que les journalistes de l’arrière-pays aient de la facilité pour avoir leur carte. Ce sera envoyé dans les délégations régionales me diriez-vous ? Mais à quoi leur servira la carte ? A entrer dans les stades de football pour faire un reportage de la CAN ? A aller mangez de la sauce jaune au taro à prix réduit dans un restaurant de la place?

Permettez-moi de rire quand même, ceux qui n’ont pas de carte de presse ne font pas le métier de journaliste, c’est ça ? Ok ! Dans quel registre allons-nous les classer, dans celui des stagiaires qui font cinq années de stages sans l’ombre d’une intégration au bout de leur plume sans aucun doute. En toute honnêteté, ce document devrait être pour les débutants dans le métier. Les anciens avec leur carnet d’adresse ont généralement plusieurs portes qui leur sont ouvertes au fil des années avec des moyens légaux ou non.

 

*Nkukuma: le chef

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Fotso Fonkam 31/07/2016 10:19

Je suis particulièrement d'accord avec la dernière phrase. Bon, les deux dernières phrases. Ces cartes seront plus utiles aux jeune journalistes qu'aux anciens a qui on a déjà donné.

Christian-Williams Kakoua 01/08/2016 13:52

J'attends de savoir si jamais ils vont tenir le même discours pour ce qui est du statut des bloggueurs.

kakus © 2017 -  Hébergé par Overblog